L’enseignement du travail manuel dans les écoles primaires de garçons. Travaux d’élèves de l’école Louis Vauquelin de Rouen, 1886-1887. | Ressources numériques en histoire de l'éducation

L’enseignement du travail manuel dans les écoles primaires de garçons. Travaux d’élèves de l’école Louis Vauquelin de Rouen, 1886-1887.

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Cette notice et les documents présentés ci-après complètent et illustrent l'article de Renaud d'Enfert :
« L’introduction du travail manuel dans les écoles primaires de garçons, 1880-1900 », Histoire de l’éducation, n° 113, janvier 2007, pp. 31-67.


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Réclamée dans les années 1860-1870 pour résoudre la « crise de l’apprentissage », la scolarisation du travail manuel constitue une des dispositions de la loi du 28 mars 1882 qui inscrit les « travaux manuels » et l’« usage des outils des principaux métiers » au nombre des matières de l’enseignement primaire (masculin). Pour les écoles primaires élémentaires de garçons, le programme de travail manuel est défini, comme celui des autres matières, par l’arrêté du 27 juillet 1882. Au cours élémentaire (7-9 ans) et au cours moyen (9-11 ans), l’enseignement manuel comprend des petits travaux de cartonnage, de vannerie, de fil de fer, ainsi que le modelage. Si des « notions sur les outils les plus usuels » sont prévues au cours moyen, ce n’est qu’au cours supérieur (11-13 ans) que les élèves sont initiés au travail du bois et du fer. Encore faut-il que les écoles primaires disposent d’un atelier, ce qui est rarement le cas, sauf dans certaines grandes villes.
Conservé aux archives départementales de la Seine-Maritime (cote T 2380), le recueil de travaux d’élèves que nous présentons ici constitue, à notre connaissance, un des tout premiers témoignages matériels de l’institutionnalisation, dans une école primaire élémentaire, d’un travail manuel « sans atelier ». Il rassemble une série de pliages et de découpages exécutés par les élèves de l’école Louis Vauquelin de Rouen durant l’année scolaire 1886-1887, d’après les exercices proposés chaque semaine par la revue L’Instruction primaire à partir du mois d’octobre 1886.


Deux exemples d'application

Pliages

Cours élémentaire. – Pliage. – Confectionner un bateau double, d’une seule feuille de papier. – Prenez un carré de papier de 15 à 20 cm de côté et soumettez-le au même pliage que pour la boîte carrée à biscuits (seize carrés en quatre bandes, avec leurs diagonales, soit soixante-quatre triangles rectangles et isocèles). Ouvrir le carré, porter les quatre coins au centre, ce qui donne un autre carré, puis replier sur les bords les coins qui se trouvent au centre, et accentuer les plis avec l’ongle ou un couteau à papier. – Porter l’un vers l’autre, au centre du carré, les milieux des deux côtés opposés et maintenir l’un contre l’autre, de la main gauche, ces deux côtés ; de la main droite, pousser au centre le milieu du troisième côté ; en faire autant pour le quatrième côté, ce qui donne le bateau double. – Pour que ce petit objet soit régulier, il est nécessaire que le pliage ait été très soigné.

L’Instruction primaire, n° 19 du 9 janvier 1887, p. 345

Cours moyen. – Pliage et découpage au canif. – Dessiner avec précision un panneau à jour, dont le vide sera occupé par des couronnes circulaires de 15 mm à 20 mm de rayon, à l’intérieur desquelles on aura tracé des losanges circulaires de même rayon. On donnera au panneau 16 cm de hauteur et 12 cm de largeur, mesurés intérieurement, et on l’entourera d’un cadre ayant 1 cm de large. Pendant le découpage, on veillera à ce que le canif n’atteigne pas les parties qui doivent se soutenir mutuellement.

Nota. — Cet exercice, comme ceux qui le précèdent, forme une excellente préparation pour le découpage à la scie, dont il sera parlé plus loin et qui s’emploie fréquemment pour confectionner des coffrets, des porte-lettres, des consoles, etc.

L’Instruction primaire, n° 19 du 9 janvier 1887, p. 345

Pliages et découpages

Confectionné par le directeur de l’école (A. Foutelet), peut-être en vue d’une exposition scolaire, ce recueil témoigne de l’influence de la presse pédagogique sur les pratiques d’enseignement. Il rend compte, également, du dynamisme de certains instituteurs, prêts à expérimenter des modalités de mise en œuvre d’une discipline qui n’est pas encore constituée et pour l’enseignement de laquelle il n’ont pas toujours été préparés. Dans une courte présentation, le directeur souligne ainsi les divers avantages – économique, éducatif et proprement disciplinaire – du travail manuel ainsi conçu :
« 1° Il n’exige aucun matériel spécial et les cahiers finis, même les cahiers de brouillon, fournissent tout le papier nécessaire aux exercices ; 2° Il répond aux besoins des enfants qui aiment tant à s’amuser avec du papier, et qui trouvent là l’utile en même temps que l’agréable ; 3° Il nous sert d’auxiliaire dans l’enseignement du dessin et de la géométrie ».

 


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L’enseignement du travail manuel dans les écoles primaires de garçons
Programmes annexés au règlement d’organisation pédagogique des écoles
primaires publiques
(arrêté du 27 juillet 1882)

(extraits)

 

I. EDUCATION PHYSIQUE ET PRÉPARATION À L’ÉDUCATION PROFESSIONNELLE.
OBJET. — MÉTHODE. — PROGRAMME.

1° Objet de l’éducation physique
L’éducation physique a un double but :
D’une part, fortifier le corps, affermir le tempérament de l’enfant, le placer dans les conditions hygiéniques les plus propices à son développement physique en général.
D’autre part, lui donner de bonne heure ces qualités d’adresse et d’agilité, cette dextérité de la main, cette promptitude et cette sûreté de mouvements qui, précieuses pour tous, sont plus particulièrement nécessaires aux élèves des écoles primaires, destinés pour la plupart à des professions manuelles.
Sans perdre son caractère essentiel d’établissement d’éducation, et sans se changer en atelier, l’école primaire peut et doit faire aux exercices du corps une part suffisante pour préparer et prédisposer, en quelque sorte, les garçons aux futurs travaux de l’ouvrier et du soldat, les filles aux soins du ménage et aux ouvrages de femmes.

2° Méthode
[…]
Pour le travail manuel des garçons, les exercices se répartiront en deux groupes : l’un comprend les divers exercices destinés d’une façon générale à délier les doigts et à faire acquérir la dextérité, la souplesse, la rapidité et la justesse des mouvements ; l’autre groupe comprend les exercices gradués de modelage qui servent de complément à l’étude correspondante du dessin, et particulièrement du dessin industriel. […]

3° Programme
[…]

4° Travaux manuels (pour les garçons)
Cours élémentaire (de 7 à 9 ans)
Exercices manuels destinés à développer la dextérité de la main.
Découpage de carton carte en forme de solides géométriques.
Vannerie : assemblages de brins de couleurs diverses.
Modelage : reproduction de solides géométriques et d’objets très simples.

Cours moyen (de 9 à 11 ans)
Construction d’objets de cartonnage revêtus de dessins coloriés et de papier de couleur.
Petits travaux en fil de fer ; treillage.
Combinaisons de fil de fer et de bois : cages.
Modelage : ornements simples d’architecture.
Notions sur les outils les plus usuels.

Cours supérieur (de 11 à 13 ans)
Exercices combinés de dessin et de modelage : croquis cotés d’objets à exécuter et construction de ces objets d’après les croquis, ou vice versa.
Étude des principaux outils employés au travail du bois. Exercices pratiques gradués. Rabotage, sciage des bois, assemblages simples. Boîtes clouées ou assemblées sans pointes. Tour à bois, tournage d’objets très simples.
Étude des principaux outils employés dans le travail du fer, exercices de lime, ébarbage ou finissage d’objets bruts de forge ou venus de fonte.
[…]

 

 

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L’enseignement du travail manuel dans les écoles primaires de garçons
L’instruction primaire. Journal d’éducation pratique pour les instituteurs, les institutrices et les directrices d’écoles maternelles
n° 7 du 17 octobre 1886 (extrait)

 

INSTRUCTION PRATIQUE DES ENFANTS
HYGIÈNE, DROIT USUEL ET TRAVAUX MANUELS

Sous ce titre, notre journal commencera, la semaine prochaine, une série d’exercices destinés à préparer les élèves à la pratique de la vie ; ils porteront sur l’hygiène de la famille, sur les travaux manuels, sur l’économie domestique et sur les notions les plus élémentaires du droit usuel.
Ces exercices rentreront dans le cadre des exercices scolaires et se composeront de sommaires à développer par les maîtres ou de travaux à préparer par les élèves.
[…]

Travaux manuels. — À la suite de la loi du 28 mars 1882 et du règlement ministériel du 27 juillet suivant, les travaux manuels sont devenus obligatoires dans les écoles publiques de garçons et de filles.
Pour ces dernières, le législateur de 1882 n’a guère fait que reproduire les dispositions inscrites dans toutes les lois depuis 1833 ; son œuvre a causé peu d’émotion parmi les institutrices, qui étaient préparées depuis longtemps aux exercices demandés […].
Mais si les écoles de filles sont généralement prêtes à enseigner les travaux manuels et les éléments de l’économie domestique, il n’en est pas de même des écoles de garçons, pour ce qui regarde les exercices manuels. De divers côtés, les instituteurs nous disent : « Nous n’avons pas d’atelier, pas d’outillage, pas de professeur, et nous ne sommes pas en état d’enseigner la menuiserie, le tournage, la forge ou l’ajustage. Aidez-nous, sinon à résoudre toute la difficulté, au moins à essayer de répondre aux vues du législateur ». L’un de nos collaborateurs va publier, sur cette question, une série de conseils et d’exercices. Remarquons d’abord que le règlement ne demande pas que l’école primaire soit transformée en école d’apprentissage ; ce qu’il veut, c’est que l’enfant acquière la justesse du coup d’œil et la dextérité de la main. Le maniement du rabot, de la gouge ou de la lime n’est pas le seul moyen d’obtenir ce résultat ; il est d’autres travaux qui conduisent au même but et qui ont l’avantage de pouvoir être exécutés dans la salle de classe même, sans un outillage dispendieux et sous l’inspiration de l’instituteur lui-même. Hâtons-nous d’ajouter pourtant que certains matériaux sont indispensables, même pour le travail en classe ; les instituteurs s’ingénieront à se le procurer aux meilleures conditions.
Les divers ouvrages auxquels on peut exercer les garçons peuvent être divisés d’abord en deux séries : travaux manuels en classe ; travaux manuels à l’atelier ou dans un local particulier. La première série comporte elle-même deux subdivisions : travaux à exécuter sans instruments tranchants ; travaux qui demandent l’emploi du canif ou des ciseaux et qui, par cela même, ne conviennent pas aux jeunes élèves. De cette manière, nous aurons trois séries de travaux qui correspondent assez bien aux trois divisions principales de l’école :

Cours élémentaire : Travaux manuels en classe et sans instrument tranchant ;
Cours moyen : Travaux manuels en classe, avec canif ou ciseaux ;
Cours supérieur : Travaux à l’atelier : modelage, menuiserie, tournage, etc.

Dans les écoles dépourvues d’atelier et d’outillage, on se bornera forcément aux deux premières séries, que nous ferons aussi complètes que possible.

P. S. et M. G.

 

 

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L’enseignement du travail manuel dans les écoles primaires de garçons 

Présentation des exercices réalisés par les élèves de l’école Louis Vauquelin

de Rouen par son directeur A. Foutelet

(Archives départementales de la Seine-Maritime, T 2380.
Registre d’exercices de travaux manuels, 1886-87)

Les exercices de travaux manuels que nous présentons, se divisent en deux parties : Exercices de pliage exécutés sous la surveillance de M. Beauvais, par les élèves, Tardy, Leboulenger, Defer, Lepage, Brun, Lecat, Brousier, Herbet, Godard, Heudebourg, etc. du cours élémentaire ; Exercices de découpage, exécutés par les élèves Leborgne, Lecesne, Gaunet, Roger, Hochard, Poirier, Lepileur, Messou, Plessis, Petit-Jean, etc. sous la surveillance de M. Cœurderoyz
Le tracé des découpages a été fait par les élèves, Blandin, Lambert, Morin, Boutrolle, Lenoir, Bérigot, Talbot, du cours supérieur, et en présence de leurs camarades du cours moyen.

Nous avons adopté le programme du journal l’Instruction primaire, parce qu’il nous a paru réunir les avantages suivants :

1° Il n’exige aucun matériel spécial et les cahiers finis, même les cahiers de brouillon, fournissent tout le papier nécessaire aux exercices.

2° Il répond aux besoins des enfants qui aiment tant à s’amuser avec du papier, et qui trouvent là l’utile en même temps que l’agréable.

3° Il nous sert d’auxiliaire dans l’enseignement du dessin et de la géométrie.

Telles sont les principales considérations qui nous ont guidé ; et si les résultats obtenus n’accusent pas un fini parfait, dans l’exécution, ils prouvent du moins que nous n’avons pas voulu rester indifférent devant un enseignement peu répandu jusqu’alors, mais dont les avantages nous paraissent incontestables.

Le directeur de l’école Louis-Vauquelin
A. Foutelet

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Pour citer cette ressource : Renaud d'Enfert, «L’enseignement du travail manuel dans les écoles primaires de garçons. Travaux d’élèves de l’école Louis Vauquelin de Rouen, 1886-1887», janvier 2007 [en ligne] http://rhe.ish-lyon.cnrs.fr/?q=tmvauquelin (consulté le 24 Septembre 2017)
Auteur : Renaud d'Enfert
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