Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1960 | Ressources numériques en histoire de l'éducation

Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1960

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      L’enseignement secondaire public français est pour l’essentiel une création de Bonaparte puis de Napoléon. En quelques années apparaissent les « inspecteurs généraux » (1802), les « lycées » (1802) et leurs « proviseurs », les « académies » avec leurs « recteurs » (1808) et leurs « inspecteurs d’académie » (1808), un « corps enseignant » (1806), l’ « Ecole normale » (1808), les « facultés des lettres » et « des sciences » (1808), les programmes officiels généralisés sur tout le territoire, le « baccalauréat » (1808), la « licence » (1808), et le « doctorat » (1808). Les « agrégés » sont créés par le décret impérial du 17 mars 1808 qui organise l'Université, c’est-à-dire essentiellement l’enseignement secondaire. A cette énorme construction, l’Empereur a donné en effet dès 1806 un nom, « l’Université » : et c’est bien à cette Université des origines que renvoie l’appellation « agrégé de l’Université ». Elle ne se limite nullement au supérieur : bien au contraire, elle coïncide essentiellement avec ce qu’on commence à l’époque à appeler l’enseignement « secondaire ».

      Les agrégés et le concours d’agrégation qui est envisagé dans le statut du 24 août 1810 s’inspirent du modèle qu’avait institué l’université de Paris de l’Ancien régime après l’expulsion des jésuites de 1762. Grâce au triple concours d’agrégation (philosophie, belles-lettres, grammaire) qui avait été créé en 1766, l’université de Paris avait en effet recruté jusqu’en 1790 206 agrégés, et quelques-uns encore, dont on ignore le nombre, en 1791 qui fut la dernière année de ces concours1. Certains d’entre eux retrouvent une fonction, parfois éminente, dans les cercles dirigeants de l’Université napoléonienne, et c’est essentiellement à eux qu’on doit le rétablissement d’abord de la catégorie des agrégés, puis du concours de l’agrégation. Constituée en 1809, la catégorie des agrégés mettait à la disposition de l'Université impériale un volant de suppléants destinés à remplacer, provisoirement ou définitivement, les professeurs titulaires ou à assurer la charge de l'enseignement d'une deuxième division lorsque l'affluence des élèves obligeait le proviseur à dédoubler la classe du professeur. Les agrégés étaient des titulaires-remplaçants qui percevaient, à ce seul titre, un « traitement d’agrégé » de 400 F. même lorsqu’ils n’étaient pas chargés d’une classe. A ce traitement s’ajoutait évidemment la rémunération qu’ils recevaient lorsqu’ils suppléaient un professeur ou lorsqu’ils avaient la charge de la deuxième « division » d’une classe dédoublée. La règle posée dès 1810 voulait également que tous les nouveaux professeurs fussent choisis à l'intérieur de la catégorie des agrégés, ce qui assurait à celle-ci un brillant avenir puisqu'elle était la condition pour le recrutement des professeurs de lycée.

1. On trouvera sur http://rhe.ish-lyon.cnrs.fr/?q=agregar la liste des candidats et des lauréats des concours de l’agrégation de l’Ancien Régime (1766-1791). La mise au point de cette liste avait été menée à la fin des années 1990 en collaboration avec Marie-Madeleine Compère.

1. Les agrégés nommés avant le concours (1809-1821)

      Les agrégés précèdent de douze ans les premiers concours d’agrégation. De 1809 à 1821 en effet, les dirigeants de l’Université s’abstiennent, pour plusieurs raisons, d’organiser les concours de recrutement qui sont prévus par le statut de 1810. Pendant les onze premières années, les agrégés sont purement et simplement nommés par arrêté sur recommandation des recteurs d’académie ou des inspecteurs généraux, à la demande des proviseurs et en fonction des besoins des lycées. Le 14 décembre 1809, les sept premiers agrégés sont nommés dans des lycées qui vont de Marseille à Bruxelles, pour enseigner en « première année de grammaire » (la classe de cinquième). Au total, 306 agrégés seront nommés, hors concours, jusqu’en 1821.

      Ces « agrégés d'avant le concours », comme on les appellera plus tard, sont nommés agrégés dans un lycée (un « collège royal » à partir de 1815) déterminé : ils ne sont « agrégés » que dans ce lycée. Le même arrêté les nomme dans une classe nommément spécifiée. C’est ce qui les distingue des lauréats des concours d’agrégation qui débuteront en 1821. On mentionnera donc dans les listes qui suivent l’établissement et la classe dans lesquels ils sont nommés. A partir de 1810, les agrégés enseignent, comme les professeurs titulaires des chaires, dans les cinq disciplines traditionnelles de l’enseignement secondaire, la philosophie, la rhétorique (notre classe de première), les humanités (la seconde et la troisième), la grammaire (la quatrième et la cinquième), et les sciences (mathématiques et physique) dans les différentes classes.

      L’histoire des agrégés et de l’agrégation ne saurait être séparée de celle de l’Ecole normale, le centre de formation des professeurs créé simultanément. Le premier recrutement des élèves de l’École normale qui s’est opéré au cours de l’année 1809 n’a pas été suivi immédiatement de l’ouverture de l’École. L’examen des candidats a été mené (et le sera jusqu’en 1815) par les inspecteurs généraux qui interrogent des élèves ou des maîtres d’étude dans les établissements où ils passent et qui, au terme de leurs tournées, dressent la liste des « reçus » sans se préoccuper d’en limiter le nombre total. Tous les « lauréats » reçoivent ensuite du Grand Maître une lettre les informant de leur succès. Mais lorsque l’École ouvre ses portes quelques mois plus tard, il apparaît que tous les reçus ne pourront pas y être « admis », et que le nombre des lauréats « reçus mais non admis » (comme on les appelle alors) est considérable. On distinguera donc dans les listes qui suivent les élèves reçus et admis, qui ont donc bénéficié des cours donnés à l’École, et les candidats qui ont été « reçus » mais qui n’ont pas été appelés à en suivre les cours et qui tiennent cependant, quand ils établissent leur dossier de retraite, à faire reconnaître par l’administration leur qualité de normaliens.

      À partir de 1812, l'École normale commence à livrer à l’Université ses premiers enseignants. A leur sortie de l’École, les élèves sont immédiatement envoyés dans des postes comme suppléants et, s’ils ne sont pas rapidement nommés professeurs, ils ne tardent pas à recevoir le titre d'agrégé. Mais bien d'autres fonctionnaires non titulaires, recrutés par les chefs d'établissement de Paris ou de province, obtiennent également le titre au bout de quelques années d'enseignement. S’ils sont en charge d’une deuxième division là où il a fallu dédoubler une classe, on les appelle « agrégés professeurs », titre qui sera plus tard remplacé par « agrégé divisionnaire ». À l’époque où la sixième n’a pas encore été intégrée au cursus régulier des études qui commence à la cinquième, c’est à un agrégé qu’on confie cette classe (statut du 28 septembre 1814), en attendant que soit instituée la fonction de « professeur de sixième » (arrêté du 12 octobre 1818). Mais l’agrégé peut encore être chargé des classes élémentaires, ou même de la suppléance des maîtres d’étude : il est alors « agrégé maître d’étude ».

      L’agrégé est en attente d’une titularisation comme professeur, qui peut survenir rapidement. Il disparaît alors immédiatement de la liste des agrégés, et ne fera plus état de ce titre : le professeur ne se donne jamais comme « professeur agrégé », expression qui n’aurait aucun sens à l’époque. Mais les traitements parisiens étant nettement supérieurs à ceux de la province, il n’est pas rare que des professeurs provinciaux préfèrent redevenir agrégés à Paris, c’est-à-dire suppléants ou « divisionnaires », même s’il n’y a pour eux aucun espoir de titularisation comme professeurs. On assiste donc à cette situation particulière de certains agrégés qui peuvent redevenir agrégés après avoir été titularisés professeurs en province. Comme il n’était pas question dans ce répertoire de suivre une à une les carrières des agrégés, on se contentera de mentionner ici la première nomination comme agrégé, c’est-à-dire de l’entrée dans la catégorie.

      Établir la liste exacte des maîtres qui ont été « nommés » agrégés entre 1809 et 1821 pose un certain nombre de problèmes. Quand le recrutement se fera sur concours, à partir de 1821, l’historien dispose de la documentation des concours d’agrégation, souvent complétée par des catalogues rétrospectifs de lauréats ; et, à de rares exceptions près, il est toujours en mesure de déterminer exactement les listes de reçus. Pour la période de onze ans qui précède le concours, les sources primaires sont constituées par les arrêtés de nomination pris par la direction de l’Université : mais elles font défaut dans un grand nombre de cas. Il faut alors se rabattre sur des sources secondaires, comme les états de traitement des agrégés, les arrêtés qui mentionnent la qualité d’agrégé de tel fonctionnaire, les dossiers de retraite des personnels, la documentation conservée sur les établissements où ils ont été nommés, ou encore le témoignage apporté par les Almanachs de l’Université. Dans bien des cas, la source ne donne qu’une partie des informations recherchées. Une des sources les plus fréquentes est celle qui nous apprend qu’un agrégé a été nommé professeur, sans qu’on sache la date à laquelle il avait été nommé agrégé.

      Le nom est suivi, entre parenthèses, du prénom (ou des prénoms) chaque fois qu’il a été retrouvé. La forme même du nom est sujette à de fréquentes variations. On donne ici entre crochets les principales variantes. Les agrégés sont à peu près toujours nommés dans un lycée (ou dans un collège royal) ; on se contentera de mentionner le nom de la ville, sauf pour les établissements parisiens, lesquels changent d’ailleurs d’appellation en 1815, à l’exception de Charlemagne, quand ils deviennent « collèges royaux ». Enfin, deux fonctionnaires sont mentionnés comme agrégés dans des états de 1824 et 1825, alors qu’ils ne sont pas lauréats des concours qui ont été ouverts depuis 1821 : on ne peut que supposer qu’ils ont été « nommés », donc avant 1821, mais à une date indéterminée.

2. Les lauréats des concours académiques (1821-1829)

      Le Statut concernant les agrégés des collèges du 6 février 1821 fixe les modalités des « concours pour l’agrégation ». Il décide que l'entrée dans la catégorie des agrégés sera désormais exclusivement obtenue par concours, et que la qualité d’agrégé est, à partir du 1er janvier 1822, indispensable pour une nomination comme professeur dans les collèges royaux. De fait, le Conseil royal cesse dès l’année 1821 de nommer des agrégés, avec quelques exceptions cette année-là au moment de la rentrée des classes d’octobre. Les premiers concours, en lettres, en grammaire et en sciences, s'ouvrent au mois de septembre de la même année. Un concours d’agrégation pour la philosophie est créé en 1825 dans l’académie de Paris, et il sera ouvert à nouveau en 1827. Il deviendra ensuite annuel à partir de 1830.

      Les « concours des agrégés », ou « concours pour l’agrégation » qui s’ouvrent en 1821 inaugurent une série de concours annuels qui n'a été interrompue, depuis cette date, qu’en 1852 et en 1870. A partir de 1822 et jusqu’au décret du 4 juillet 1972, qui autorise la « nomination » comme agrégés de professeurs certifiés, aucune nomination d'agrégé n'a eu lieu en dehors de ce cadre. De 1821 à 1829, ces concours sont organisés sous la responsabilité des recteurs dans les académies qui en ont fait la demande et qui ont obtenu l’accord du Conseil royal. Il peut donc y avoir la même année plusieurs concours, et donc plusieurs jurys, nommés par les recteurs, pour chacun des ordres d’agrégation. Il y aura, de 1821 à 1829, soixante-treize concours d’agrégation, organisés avec les moyens du bord dans vingt et une académies. Ces concours d’agrégation académique produiront deux cent quatre lauréats.

      Les concours d’agrégation sont des concours « internes », réservés aux personnels en fonction dans l’instruction publique : Auguste Comte, qui tente en 1828 de présenter sa candidature, se voit refouler malgré une démarche auprès du ministre. Les concours académiques qui ont lieu pendant neuf ans constituent donc la transition entre l’agrégation par nomination et le recrutement par concours national. Transition également entre une agrégation qui nommait le fonctionnaire dans un lycée et un concours qui ouvre au lauréat la totalité des établissements français d’enseignement secondaire public. Car les lauréats des concours académiques sont mis à la disposition du recteur de l’académie ; et leur titre n’est en principe valable qu’à l’intérieur du ressort académique ; ils sont d’une certaine façon des « agrégés académiques ».

      Le rôle des concours est de classer les candidats par ordre de mérite lorsqu’ils sont admis (voir la colonne G), et même parfois les candidats refusés quand le ministère souhaite les proposer aux directeurs des collèges communaux. Pour l’un de ces concours, celui de grammaire qui se déroule à Amiens en 1827, on connaît l’identité des lauréats, mais leur classement n’a pas été retrouvé : ils sont donnés ici dans l’ordre alphabétique. Il arrive que le jury refuse tous les candidats qui se sont présentés. Mais comme le concours a eu lieu, la trace en est conservée dans ce répertoire par la mention « (néant) » portée dans la colonne des noms. Le nombre des concours totalement infructueux s’élève à 22 pour l’ensemble de notre période, le dernier étant le concours d’agrégation d’arabe de 1955. En revanche, si un concours d'agrégation n'a pas eu lieu, ce qui est d’ailleurs en contravention avec le règlement général des concours d'agrégation, il n’apparaît pas dans ce répertoire. C'est ce qui se produit pour les concours masculins des années de guerre, et assez fréquemment pour l'agrégation d'arabe, dont le concours n'est pas ouvert tous les ans.

3. Les lauréats des concours nationaux (1830-1882)

      À partir de 1830, le ministère, sans modifier le règlement général des concours académiques, se contente tous les ans de décider : «  les concours pour l’agrégation auront lieu cette année dans l’académie de Paris ». Les candidats de province sont désormais dans l’obligation de faire le voyage de la capitale, avant que de nouveaux aménagements ne soient pris en leur faveur. Le concours parisien est devenu concours national. Plus tard les épreuves écrites seront décentralisées ; et ce sera également le cas pour certaines épreuves orales pendant la Seconde Guerre mondiale.

      Les concours d’agrégation qui sont ouverts en 1830 sont au nombre de quatre, philosophie, lettres, grammaire et sciences. On en comptera douze en 1882, dix-neuf en 1950 et vingt-quatre en 1960. L’augmentation du nombre des concours relève de deux explications.

      La première est celle de la diversification des enseignements et des disciplines. Dès 1831, est ouvert le concours d’histoire et de géographie, et les sciences se dédoublent en mathématiques et physique en 1841. Tous ces concours, et un certain nombre de ceux qui seront ouverts par la suite sont longtemps classés parmi les agrégations « de l'enseignement secondaire classique ». L’agrégation de « sciences naturelles » est créée en 1881 ; elle se dédoublera en 1959 en deux « options », sciences biologiques et sciences de la terre. La même année, l’agrégation de physique subit le même sort et oblige les candidats à choisir entre « option physique » et « option chimie ». L’histoire et la géographie réunies dans le même concours de 1831 à 1943 se séparent en 1944 ; et en 1960 est ouvert, à côté de l’agrégation des lettres, le concours de « lettres modernes ». L’année 1849 voit s’ouvrir avec l’allemand et l’anglais les premiers concours de langues vivantes qui sont considérés à l’époque comme une seconde série de concours d’agrégation. Ils seront rejoints par l’italien et l’espagnol (1900), l’arabe (1907) et le russe (1947).

      La création de l’enseignement secondaire spécial par Victor Duruy en 1866, puis celle de l’enseignement secondaire des jeunes filles en 1882 entraînent la création de concours d’agrégation propres à ces nouvelles filières. Pour l’enseignement secondaire spécial, Duruy crée d’abord (1866) un concours unique et indifférencié, qu’il divise l’année suivante en trois concours, littérature et économie, mathématiques, sciences physiques et naturelles. La disparition de l’enseignement spécial entraîne en 1894 la suppression de ces trois concours. Il y a donc pendant vingt-sept ans des agrégations parallèles pour les deux ordres d’enseignement masculins, s’agissant des mathématiques et des sciences physiques et naturelles. Le concours de l’enseignement spécial, jugé d’accès plus facile, sera parfois choisi par des candidats provenant de l’enseignement classique traditionnel.

      Mentionnons ici, pour prévenir toute confusion, trois autres concours d’ « agrégation » d’une nature particulière, et dont les résultats n’apparaissent pas dans le présent répertoire. En 1840, pour rehausser la qualité de l’enseignement dans les facultés des lettres et des sciences, Victor Cousin ouvre des concours d’agrégation de l’enseignement supérieur pour trois disciplines littéraires (littérature ancienne et moderne, histoire et géographie, philosophie) et trois disciplines scientifiques (mathématiques, physique, sciences naturelles). Ces concours ne seront ouverts qu’à trois reprises, en 1840, 1844 et 1848 ; ils ne connaîtront plus de sessions par la suite.

4. Les lauréats (hommes et femmes) des concours nationaux (1883-1960)

      La création des lycées de jeunes filles en 1883 est immédiatement suivie de celle de concours d’agrégation de lettres et de sciences, où douze candidates sont reçues agrégées. La même année, outre ces concours proprement féminins, les concours de langue vivante, qui étaient jusqu’alors réservés aux hommes, sont ouverts aux jeunes filles, et deux d’entre elles sont reçues en allemand et en anglais. Au total, 14 jeunes femmes sont reçues agrégées en 1883, sur un total de 144 lauréats, soit 10 %. Elles seront 352 sur 801 lauréats (44 %) en 1960.

      L’arrivée des jeunes filles dans les concours d’agrégation a posé pendant près d’un siècle des problèmes qui n’ont reçu qu’en 1976 une solution définitive. On distinguera trois cas de figure :

  • 1er cas : les jeunes filles passent les mêmes concours que les jeunes gens, devant les mêmes jurys, sur les mêmes programmes et elles sont classées, à leur rang, sur la même liste que les jeunes gens. C’est ce qui se produit dès 1883 pour l’agrégation d’anglais, où Mlle Thébault-Macherez est classée seconde, après Fiévet (1er) et avant Wendling (3e). Mais au concours d’allemand de la même année, Mlle Gille apparaît en dernière position après dix lauréats, et il n’est pas impossible que les jeunes filles candidates à ce concours aient fait l’objet d’un classement particulier, où une seule candidate aurait été sélectionnée, sans qu’on puisse savoir si elle aurait réellement été classée en position de onzième dans le cadre d’un classement commun. Le cas de figure se reproduit en effet plusieurs fois, et il n’est pas sûr que la ou les jeunes filles dont les noms apparaissent en fin de liste aient réellement été classées dernières. Au XXe siècle, et jusqu’en 1939, plusieurs concours mêlent parfois jeunes gens et jeunes filles dans un classement unique, la philosophie, les sciences naturelles, la grammaire et les langues vivantes. La tendance sera plutôt, après la Libération, à procéder dans le même concours à deux classements différents. C’est en 1976 que tous les concours d’agrégation se rallieront enfin à la formule du classement unique.
    La documentation qui a pu être consultée pour ce répertoire n’a pas toujours livré les prénoms des lauréats ni des lauréates, qui sont alors signalées dans les sources comme « Mlle » ou « Mme ». Dans ce cas, et dans ce cas seulement, lorsque les prénoms des jeunes filles sont inconnus, cette indication a été reproduite, dans une colonne « civilité ».
  • 2e cas : les jeunes filles passent le même concours que les jeunes gens, devant le même jury, et sur les mêmes programmes, mais elles ne sont pas classées avec eux. Le concours a donc donné lieu à deux classements. Dans les sources consultées, le classement des jeunes filles apparaît toujours en deuxième lieu, après le classement des jeunes gens. Dans le tableau qui suit, les lauréates de ces concours féminins seront donc classées entre elles après les lauréats du concours masculin et le nom du concours sera, pour chacune d’entre elles, suivi, dans la colonne « concours », de la mention (F).
  • 3e cas : les jeunes filles passent des concours qui leur sont réservés, et qui ne sont pas ouverts aux jeunes gens. Dans ce cas, la mention « jeunes filles » est portée pour toutes les lauréates dans la colonne « précisions ». La situation de l’enseignement secondaire féminin en 1883, lors de l’ouverture des premiers concours d’agrégation pour les jeunes filles, ne permettait ni de les admettre aux principaux concours masculins littéraires ou scientifiques, ni de calquer les règlements des concours féminins sur ceux des concours masculins. Il n’y a donc, de 1883 à 1894, pour les jeunes filles que deux concours d’« agrégation de l’enseignement secondaire des jeunes filles », qui portent les mentions « ordre des lettres » et « ordre des sciences ». En 1895 les deux concours sont dédoublés, respectivement en « section littéraire » et « section historique », et en « section des sciences mathématiques » et « section des sciences physiques et naturelles ». On s’est contenté ici de désignations plus simples, « lettres », « histoire », « sciences », « mathématiques », « physique ». En 1942 un concours féminin de grammaire vient s’ajouter à cette liste. La création en 1944 d’un concours masculin de géographie, ouvert aux jeunes filles, modifie la terminologie des concours : le concours masculin d’histoire et de géographie devient l’agrégation d’histoire. Quant au concours féminin dit « agrégation des jeunes filles, section historique », il est désormais le seul concours d’« histoire et de géographie » et c’est sous cette dénomination qu’il apparaît ici. En 1960 enfin, lors de la création de nouveaux concours masculins, des concours analogues s’ouvrent pour les jeunes filles, en lettres modernes et dans les deux concours résultant du dédoublement de l’agrégation de physique, « option physique » et « option chimie ». Rappelons que pendant les années 1915-1918 et 1940, les concours d’agrégation n’ont été ouverts que pour les jeunes filles.
    Dans plusieurs disciplines, aucun concours proprement féminin n’a jamais été créé. Outre les langues vivantes, il s’agit de la philosophie et des sciences naturelles : les jeunes filles ont été alors admises à participer aux concours masculins. Mais il est arrivé également à plusieurs reprises que les jeunes filles soient autorisées à se présenter à des concours masculins même dans les disciplines où un concours féminin leur était proposé. Cela s’est produit en physique (en 1913), en mathématiques (en 1920), en lettres (en 1926), en histoire et géographie (en 1927), pour ne mentionner que la première année où cette autorisation a été accordée.

5. Les listes de lauréats

      Pour les dix premières années du concours, la plupart des listes de lauréats ne nous sont connues que par les rapports de jurys conservés aux Archives nationales. Toutes les sources disponibles repérées aux Archives nationales ont évidemment été exploitées. Il est plusieurs concours de cette période pour lesquels on ne dispose que de la liste des candidats, mais pas de celle des lauréats. Il a été cependant possible de les rétablir toutes grâce aux listes rétrospectives d'agrégés qui ont été publiées par les soins du ministère au cours des années suivantes. Ainsi, le Manuel des aspirants au professorat, ou Recueil de tous les documents officiels relatifs aux examens et aux concours pour l'enseignement secondaire, École normale ; baccalauréat, licence, doctorat, agrégation (Paris, Dupont, 1835) donne la liste des agrégés reçus de 1821 à 1834 ; et l'Almanach de l'Université royale de 1843 donne la « Liste générale des agrégés depuis l'établissement du concours avec leur date de nomination. » À partir de 1831, les résultats des épreuves sont publiés d'une façon à peu près régulière par des périodiques officiels ou officieux, mais le recours aux cartons des archives reste encore indispensable pendant de nombreuses années pour quelques concours. Certains périodiques pédagogiques et, à partir de la fin du XIXe siècle, les bulletins des associations de spécialistes (Bulletin de l'Association des professeurs de mathématiques, Revue de l'enseignement des langues vivantes, Revue des études italiennes, L'Enseignement secondaire des jeunes filles, etc.), puis les organes des deux sociétés des agrégés donnent généralement ces listes.

      Au terme des opérations de chaque concours, le président du jury adresse au ministre, après l’avoir classée dans l'ordre du mérite, la liste des candidats qu'il estime dignes du titre, et le ministre prend alors un arrêté qui institue les nouveaux agrégés. La documentation conservée sur les concours d'agrégation et sur l'établissement des listes de lauréats est lacunaire, et il n'est pas fréquent qu'on dispose à la fois de la liste établie par le jury et de celle qu'a promulguée l'arrêté ministériel. Les arrêtés ministériels eux-mêmes ne sont en général accessibles qu'à travers leur publication dans un bulletin officiel. Deux exceptions notables : les cartons F/17/7109/57 et F/17/13962 des Archives nationales contiennent la plupart des arrêtés portant les listes de lauréats pour les concours qui ont eu lieu respectivement de 1881 à 1886 (arrêtés manuscrits), et de 1927 à 1944 (sous forme dactylographiée). Lorsque les deux listes (celle du jury et celle du ministère) sont disponibles, on constate parfois des écarts de l'une à l'autre. Ainsi, lors des premiers concours d'agrégation par exemple, le Conseil royal de l'Instruction publique, sans remettre en cause le classement des candidats opéré par les jurys, décide après coup du nombre de ceux qui seront portés sur la liste qu'il honorera du titre d'agrégés. En 1822, par exemple, il réduit considérablement la liste qui lui est soumise par le jury parisien de grammaire. Les protestations du jury contre ce qu’il estime être une mise en cause de ses compétences inciteront le Conseil royal à fixer à l'avance le nombre des postes mis au concours. Il n'y aura plus désormais, semble-t-il, de dissensions affichées entre le jury et le ministère sur la longueur de la liste des reçus. Il arrive au contraire fréquemment que le jury remercie le ministère d'avoir accepté la nomination d'agrégés en sus du nombre des postes initialement fixé.

      Mais il semble que le ministère ait parfois introduit quelques modifications à l'intérieur de la liste qui lui est soumise par le jury. Au concours de philosophie de 1843, le jury classe Ferrari et Vapereau troisièmes ex aequo, sur quatre reçus (A.N., F/17/7062) ; mais le ministre maintient Vapereau au troisième rang et place Ferrari en quatrième position, peut-être parce qu'il lui tient rigueur des incidents qu'il a suscités quelques années plus tôt lorsqu'il enseignait à la faculté des lettres de Strasbourg. A moins que, autre hypothèse fortement appuyée par l’observation des listes elles-mêmes, le ministère ait longtemps répugné à la pratique des ex aequo, estimant qu'elle constitue une solution de facilité pour les jurys. Et de fait, à part l'agrégation de philosophie qui en fait un usage modéré, en général pour éviter d'avoir à départager les deux meilleurs candidats, elle est à peu près inconnue des autres concours avant 1874. Il n'est donc pas interdit de penser que les ex aequo des listes transmises par les présidents de jurys ont pu être annulés par les arrêtés ministériels, qui, dans ce cas, classeraient le second ex aequo (dans l’ordre alphabétique) à un rang derrière le premier.

      Plus grave, la transformation opérée dans les bureaux du ministère sur la liste des lauréats de l'agrégation des lettres de 1885. Pour la première fois depuis vingt-trois ans, le premier de la liste publiée par l'arrêté officiel n'est pas un normalien. Il s’agit d’Henri Ouvré, le fils du recteur de Bordeaux. Son nom est immédiatement suivi des noms de six élèves de l'École normale. Mais le registre de l'École consacré aux résultats des concours (A.N., AJ/61/45) contient une indication dont on ne trouve nulle trace ailleurs : « Sur le cas de M. Ouvré, le jury s'est déclaré stupéfait ! M. Ouvré était le 5e admissible » (c'est-à-dire, dans la terminologie du temps, « admis par le jury »). Il y a eu apparemment dans les bureaux du ministère manipulation de la liste établie par le jury. Il n'est pas interdit de penser que l’administration a pu en d'autres circonstances intervenir sur l'ordre de classement des lauréats.

      Dans les concours du XXe siècle, les jurys sont parfois invités à examiner et à classer des candidats qui ne se destinent pas à la fonction publique française, ou plutôt métropolitaine. L'agrégation d'arabe, créée en 1907, se double en 1931 d'une agrégation « indigène », réservée à la Tunisie et au Maroc, et dont les opérations sont menées par le même jury. Ainsi, le nom de Mohamed Mzali, lauréat du concours en 1935, est rayé dans l'arrêté ministériel dactylographié. De même, un certain nombre de candidats vietnamiens sont reçus aux concours d'agrégation « à titre colonial » et, bien qu'ils soient classés à leur rang avec leurs concurrents dans la liste des lauréats, leur nom n’apparaît pas, ou est rayé dans l’arrêté officiel. C’est le cas de Pham Duy Khiem, classé « 13e bis » au concours de grammaire de 1935, de Hoang classé à titre colonial « 10e bis » au concours de mathématiques de 1936, de Daniel Pham Tinh-Quat au concours de mathématiques de 1937 et de Nguy-Nhu au concours de physique de 1938. Au concours de philosophie de 1943, Tran Duc (Thao) est classé premier (ex aequo) « hors rang ». Il arrive que certains lauréats non français soient également portés sur les listes, soit à leur rang, soit en surnombre, « à titre étranger ».

      Dans le cas d’une candidate à l'agrégation de grammaire de 1938, l'appartenance à l'enseignement confessionnel, constatée sans doute trop tard pour interdire la candidature, oblige le ministère à une intervention inhabituelle. Françoise Delmond est classée 26e sur 42 par le jury, mais un billet manuscrit agrafé sur le document porte : « Inscrire à l'encre rouge le nom de Mlle Delmond parmi les admissibles et les admis définitifs de l'agrégation de grammaire, et indiquer dans la colonne Observations que l'intéressée n'a pas été instituée agrégée par arrêté du 15 octobre 1938 ». Et de fait, dans l'arrêté ministériel conservé sous forme dactylographiée (A.N., F/17/13962), son nom est rayé à l'encre rouge, avec une mention manuscrite portée au crayon : « professeur à l'institution Sainte-Marie (Mme Daniélou) ».

      Les listes de lauréats sont présentées ici, comme elles l'ont été à l'époque, dans l'ordre du mérite. La réforme Fortoul de 1852 transforme provisoirement l'agrégation en examen, ce qui autorise les jurys à choisir librement le nombre des lauréats. Mais les résultats continuent à être donnés dans l'ordre du mérite. Pour la plupart des concours de l'année 1914, la moitié des listes officielles de lauréats sont cependant publiées dans l'ordre alphabétique. La déclaration de guerre du 2 août interrompt en effet le déroulement des épreuves orales alors que quatre concours seulement sont déjà achevés à cette date (sciences naturelles, arabe, espagnol, italien). Si le déroulement des concours féminins se poursuit jusqu’à son terme normal, un arrêté du 26 décembre 1914 décide que sont reçus à l'agrégation tous les admissibles des huit concours qui ont été interrompus par la guerre, et il donne les résultats dans l'ordre alphabétique.

      À plusieurs reprises au cours de l'histoire du concours, les jurys sont amenés à dresser non pas une, mais deux, voire trois, quatre et même cinq listes de lauréats pour le même concours, chacune étant établie dans l'ordre du mérite. Cette pratique commence à se répandre à la fin du XIXe siècle dans les concours d'anglais et d'allemand auxquels les jeunes filles sont admises depuis 1883. Les périodes de guerre ou d'après-guerre suscitent de nouvelles catégories de candidats, qui bénéficient de traitements particuliers, et que les jurys doivent parfois classer dans des listes distinctes : mutilés et réformés, Alsaciens-Lorrains (après la victoire de 1918), victimes de la guerre, candidats sous les drapeaux, anciens prisonniers, anciens admissibles ont droit à des classements spéciaux, lesquels se dédoublent parfois eux-mêmes en sous-classements, dans une organisation générale du concours complexe et variable suivant les ordres d'agrégation et suivant les années. C'est particulièrement le cas à partir de 1919, lorsque les concours masculins sont ouverts à nouveau après cinq ans d’interruption. Les différentes catégories de candidats se croisent dans une architecture du concours qui ne cesse d’évoluer jusqu’en 1929. Telle année, par exemple, on distingue les anciens admissibles à la fois dans le classement normal, et dans le classement spécial. Ou encore, le classement par sexe est pratiqué non seulement dans le classement normal mais aussi dans celui des Alsaciens-Lorrains. Mais dans bien des cas, apparemment, les lauréats qui sont listés dans les différents classements ont passé les mêmes épreuves et, dans un premier temps, ont été classés dans une liste unique avant d’être reversés dans leur série. Par exemple, au concours de sciences naturelles de 1922, les lauréats du classement normal et ceux du concours spécial ont d’abord reçu, tous ensemble, un « ordre de mérite » qui est le suivant : 1. Prévost, 2. Roy, 3. Caridroit, 4. Guillaume, 5. Cumia, avant d’être répartis en classement normal (Prévost, Roy, Cumia) et classement spécial (Caridroit, Guillaume).

      De 1939 à 1943, une série d'arrêtés obligent les jurys à pratiquer des classements spéciaux en faveur des candidats rappelés ou maintenus sous les drapeaux (arrêté du 30 mai 1939), des candidats qui ont été mobilisés (arrêté du 30 juin 1941), des prisonniers de guerre libérés (arrêté du 1er février 1942), des prisonniers dont la captivité a duré au moins six mois ou des candidats qui sont restés sous les drapeaux pendant plus de deux ans (arrêté du 12 avril 1943). Sous la Quatrième République, la politique de diffusion de la culture française au sein de l'« Union française » amène le ministère à allonger les listes d'agrégés de quelques lauréats supplémentaires destinés aux anciennes colonies. Comme les lauréats dont les noms figurent dans ces classements spéciaux ont, en général, subi les mêmes épreuves que ceux du classement normal, il arrive que leur nom figure à l'intérieur du classement normal au rang qui est le leur dans l'ordre du mérite, avec une mention du type « hors rang », ou « classement spécial », etc. A deux reprises, en 1919 et en 1945, les exigences particulières de l'après-guerre et le grand nombre des candidats relevant de certaines des catégories spéciales signalées ci-dessus obligent le ministère à doubler le concours normal de l'année d'un concours « spécial » qui a lieu à une autre date.

      Dans leur majorité, les listes de lauréats présentées ci-dessous ont pu être collationnées sur plusieurs sources. Parmi les nombreuses sources qui ont été consultées, voici celles qui donnent sur notre sujet les informations les plus régulières, les plus riches, les plus solides ou les moins lacunaires :

  • 1821-1851      Archives nationales (AJ/61/192)
  • 1821-1897      Archives nationales (F/17/7040 à 7116)
  • 1827-1829      Le Lycée, journal général de l’instruction
  • 1831-1849      Bulletin universitaire
  • 1842-1903      Archives nationales (AJ/16/43 à 49)
  • 1850-1923      Bulletin administratif du Ministère de l’Instruction publique
  • 1881-1886      Archives nationales (F/17/7109/57)
  • 1892-1957      Revue universitaire
  • 1920-1948      Les Agrégées
  • 1920-1960      L'Agrégation
  • 1922-1943      L’Information universitaire
  • 1923-1943      Archives nationales (AJ/61/192)
  • 1927-1946      Archives nationales (F/17/13962-13963)
  • 1942-1943      Archives nationales (F/17/13972)
  • 1944-1960      Archives contemporaines (F/17bis/32784-32785)
  • 1946-1960      L’Éducation nationale

      Toutes les sources donnent, en règle très générale, les mêmes listes de lauréats. Dans un petit nombre de cas, nos sources imprimées présentent des divergences qui s’expliquent par des négligences ou des oublis dans la rédaction, dans l’impression ou dans la mise en page. Par exemple, la Revue universitaire donne en 1905 une liste tronquée des lauréats du concours de mathématiques : seuls apparaissent les huit premiers, les six derniers ayant été oubliés. On s’est chaque fois attaché à donner les listes complètes et à rectifier les erreurs. Mais la fixation exacte du patronyme et des prénoms pose de nombreux problèmes.

6. L’identité des lauréats : les patronymes et les prénoms

      Dans une grosse majorité des cas, les listes de lauréats proviennent de plusieurs sources manuscrites et imprimées ; et faute de toujours disposer des arrêtés officiels, force est, bien souvent, de sélectionner parmi les sources celle qui est présumée donner les informations les plus sûres. Aussi bien, la source officielle, à supposer même qu’elle ne comporte pas d’erreur sur le nom et les prénoms qu’a déclarés le lauréat au moment de son inscription au concours, ne renseigne souvent qu’insuffisamment sur son identité. Car nombreux sont les lauréats, en particulier ceux qui sont restés célèbres à des titres divers, qu’on ne peut livrer au lecteur sous le patronyme dont ils font état au moment où ils passent le concours, comme on le verra ci-dessous pour Jules Suisse, Louis Farigoule, Claude Lévi, Louis Poirier ou Louis Laffitte, et bien d’autres.

      Pour chaque concours, si les différentes sources donnent presque toujours des listes identiques, elles divergent en revanche fréquemment sur les noms et surtout sur les prénoms, au point que dans certains cas extrêmes il serait difficile d’identifier un lauréat si son nom n’était pas localisé au même rang dans les listes fournies par les deux sources. L'Almanach de l'Université de 1843 donne, dans sa liste rétrospective des agrégés, un certain « Audibert » comme premier des deux reçus à l'agrégation de grammaire de Poitiers de 1828 : il s'agit, en réalité d' « Audinet ». A l'agrégation d'allemand de 1924, le nom du candidat reçu troisième au classement spécial se présente sous la forme « Ricci » dans la liste publiée par la Revue Universitaire, et sous la forme « Rieu » dans la Revue de l'enseignement des langues vivantes. Ces deux exemples, choisis à un siècle de distance, sont loin d'être des exceptions. En 1925, trois des sept lauréates de l'agrégation féminine d'histoire apparaissent ici (Bulletin de la Société des professeurs d'histoire et géographie) sous la forme Foreville (3e), Porché (3e ex aequo) et Samorin (7e), et là (Revue Universitaire) sous la forme Toreville, Pouge et Sabourin. On prend ici la mesure des divergences que les différents périodiques spécialisés peuvent introduire en recopiant des listes de noms.

      Ces divergences orthographiques concernent des centaines de patronymes de nos listes. Comme la source officielle est la plupart du temps introuvable (aussi bien, même les arrêtés officiels multiplient les fautes sur les noms et les prénoms), la critique des sources devrait, en bonne méthode philologique, obliger l’historien à entrer dans la voie d’une « édition critique ». On y a évidemment renoncé et, dans tous les cas de figure, même les plus douteux, on a choisi comme forme unique celle qui paraissait la plus sûre ou la plus vraisemblable, les critères retenus portant sur la fiabilité des sources. Ainsi, pour les anciens élèves des écoles normales supérieures, on a régulièrement privilégié les témoignages émanant de l’école (par exemple les différentes listes rétrospectives de noms des élèves) par rapport à celles du concours d’agrégation. Ou encore, on a systématiquement déclassé au dernier rang de nos sources certains périodiques visiblement peu scrupuleux sur l’intégrité des patronymes qu’ils ont à présenter, comme celui qui donne Corenier au lieu de Grenier, ou celui qui remplace Schveitzer par Sitweitzer.

      L'indifférence des époques anciennes à l'intégrité orthographique des noms propres est connue. L’enregistrement des patronymes par les fonctionnaires de l’état civil a été longtemps aléatoire. Il n’explique cependant pas toutes les divergences rencontrées dans cette recherche, par exemple le fait que Jules Vallès décide un jour de ne pas porter exactement le même nom que son père Jean-Louis Vallez, agrégé de grammaire de 1847. C’est donc à des causes multiples qu’il faut attribuer les difficultés qu’on éprouve à établir un répertoire exact de ces 21843 noms propres puisque de nombreuses incertitudes continuent à régner jusqu’après la Seconde Guerre mondiale. Notons que, de ce point de vue, les documents manuscrits originaux conservés aux Archives (procès-verbaux, rapports, registres de l'École normale, listes de candidats, d'admissibles ou d'admis) ne sont guère plus dignes de confiance que l'imprimé, le même nom de personne étant couramment écrit de plusieurs façons différentes dans le même texte, voire la même phrase.

      À ces problèmes de transmission graphique, ou de transcription, s'ajoutent des usages anciens ou plus récents concernant les noms et les prénoms, ou des cas de figure particuliers. Un lauréat de 1831 écrit son nom tantôt Delaunay, tantôt Dlonet. Un des trois lauréats de philosophie de 1832, Lafaist, réorthographie ultérieurement son patronyme en Lafaye, nom sous lequel il publiera un célèbre dictionnaire de synonymes. Jules Simon, qui sera président du conseil, est reçu à l'agrégation de philosophie en 1836 sous le nom de Jules Suisse, dit Simon-Suisse. Le candidat reçu premier au concours d'agrégation de philosophie en 1843 s'appelle Kastus, ancien élève de l’École normale ; mais il obtient en 1850, par décision notariale, de porter enfin le nom de son père au lieu de celui de son beau-frère (!), et il sera connu ultérieurement sous le nom de Waddington-Kastus (A.N., F/17/ 21879), ou de Waddington, qui n'apparaît jamais dans la documentation du concours. Le philosophe Frédéric Rauh est appelé Rauch dans tous les documents d’archive, y compris dans la liste de lauréats, concernant l'agrégation qu'il passe en 1885. Et l'on pourrait multiplier les exemples, jusqu'en plein XXe siècle : Claude Lévi reçu au concours de philosophie de 1931 est évidemment Claude Lévi-Strauss. Plusieurs lauréats mentionnés dans ces listes se sont fait connaître ultérieurement sous un autre nom ou avec un autre prénom. Leur nom de plume figurera entre parenthèses avec le signe "égale". Il n’était pas inutile en effet de signaler qu’Émile Chartier (agrégé de philosophie en 1892), Louis Farigoule (philosophie, 1909), Henri Petiot (histoire et géographie, 1922), Léonie Gauclère (philosophie, 1931), Louis Poirier (histoire et géographie, 1934) et Louis Laffitte (anglais, 1943) sont plus connus sous les noms d’Alain, de Jules Romains, de Daniel-Rops, de Yassu Gauclère, de Julien Gracq et de Jean-Louis Curtis.

      Les prénoms posent un problème d’une tout autre dimension. Une partie importante des listes publiées ne donnent que les noms des lauréats, sans mentionner le moindre prénom ; telle est longtemps en effet la pratique des arrêtés ministériels. Une autre partie de ces listes donnent pour chaque lauréat tous les prénoms de son état civil (parfois jusqu’à six prénoms), sans jamais signaler le prénom d’usage. Enfin, même les listes qui donnent un seul prénom pour chaque lauréat ne choisissent pas toujours le prénom d’usage. Le croisement de ces différentes listes de lauréats avec d’autres séries a permis de combler un grand nombre de lacunes et de corriger une bonne partie des erreurs de la première édition. Mais malgré nos recherches, des centaines de nos lauréats sont encore dépourvus de prénoms. Depuis la première édition (papier) du présent répertoire (Département Mémoire de l’éducation, Service d’histoire de l’éducation, Les Lauréats des concours d’agrégation de l’enseignement secondaire (1821-1950), Paris, Institut National de Recherche Pédagogique, 1993, 151 p.), les additions et les modifications qui ont été apportées pour les prénoms, les corrections introduites pour des dizaines de patronymes et l’amélioration des indications complémentaires qui avaient été jugées utiles (anciens élèves des grandes écoles, nom de femme mariée) concernent plus de la moitié du total des lauréats. Ont été essentiellement utilisés pour ces différents collationnements des répertoires d’élèves des écoles normales supérieures, de fonctionnaires de l’enseignement secondaire ou de membres de l’enseignement supérieur. Des dizaines d’autres sources ont également été mises à contribution, et ont permis de repérer les prénoms usuels, et/ou de corriger une partie des erreurs initiales. Pour ne citer que les principales, mentionnons :

  • Archives des lycées : proviseurs et censeurs, 1802-1893 (par Ch. Fierville, Paris, Firmin-Didot, 1894) ;
  • [Université de Nancy] Cinquantenaire des facultés des sciences et des lettres, 1854-1904 (Nancy, 1905) ;
  • Le Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire de Ferdinand Buisson, Répertoire biographique des auteurs, établi par Patrick Dubois, avec la collaboration d’Annie Bruter, Paris, INRP, Service d’histoire de l’éducation, 2002, 202 p. ;
  • Les Professeurs du Collège de France, 1901-1939. Dictionnaire biographique, établi par Christophe Charle et Éva Telkès (Paris, INRP et CNRS, 1988) ;
  • Le Cinquantenaire de l’école de Sèvres, 1881-1931, Paris, 1931 ;
  • Association amicale de secours des anciens élèves de l’Ecole normale supérieure. Supplément historique 2005, novembre 2005, 737 p. ;
  • Annuaire du Centenaire de l'École normale supérieure de jeunes filles (Collection de l'École normale supérieure de jeunes filles, n° 20, 1985) ;
  • Annuaire des Écoles normales supérieures Fontenay - Saint-Cloud - Lyon, 1989 (publication de l’Amicale des élèves et anciens élèves des Écoles normales supérieures de Fontenay - Saint-Cloud - Lyon) ;
  • Écoles normales supérieures Fontenay - Lyon - Saint-Cloud - Fontenay/Saint-Cloud. Annuaire 1993 de l’Association amicale des élèves et anciens élèves des Écoles normales supérieures Fontenay - Lyon - Saint-Cloud et Fontenay/Saint-Cloud ;
  • Condette (Jean-François), Les Recteurs d’académie en France de 1808 à 1940, tome II, Dictionnaire biographique, Service d’histoire de l’éducation, INRP, 2006, 411 p. ;
  • différentes éditions de l'Annuaire de l’éducation nationale après 1945 ;
  • Espagne (Michel), Lagier (Françoise) et Werner (Michael), Philologiques II. Le maître de langues. Les premiers enseignants d’allemand en France (1830-1850), éd. de la MSH, 1991.

      Une partie des corrections de prénoms qui ont pu être introduites depuis la première édition concerne ce qu’on pourrait appeler une fluctuation de la désinence, qui semble avoir été longtemps en usage, et qui n’a sans doute pas disparu aujourd’hui. La même personne peut être appelée Alberte ou Albertine, Anne ou Anna, Antoine ou Antonin, Augusta ou Augustine, Auguste ou Augustin, etc. Cette variation touche un très grand nombre de prénoms.

      Mais l’une des causes d’erreurs commises sur les prénoms dans le petit fascicule de 1993 (Les Lauréats des concours d’agrégation de l’enseignement secondaire, 1821-1950, Institut national de recherche pédagogique) nous était imputable : c’est celle qui avait consisté, dans le cas des listes donnant tous les prénoms de l’état civil, à choisir le premier prénom de la série comme ce serait le cas dans les usages contemporains. L’exemple de deux candidats reçus agrégés respectivement en 1851 et en 1881 suffit pour condamner ce type de solution. Il s’agit d’About (François, Edmond, Valentin) et de Jaurès (Auguste, Marie, Joseph, Jean). S’il avait été aisé de rétablir le prénom d’usage d’Edmond About et de Jean Jaurès, pour un grand nombre de lauréats qui n’ont pas bénéficié de la même notoriété, notre choix initial avait abouti à des erreurs. Toutes les sources ont été à nouveau consultées pour cette nouvelle mise en ligne. Chaque fois qu’il s’est avéré impossible de choisir avec une bonne probabilité le prénom usuel, c’est la série entière des prénoms donnée par l’arrêté officiel qui a été reproduite, sans dépasser les quatre premiers prénoms quand la liste était trop longue. En revanche, la célébrité des individus a parfois permis de s’affranchir de ces sources. Francisque Sarcey, par exemple, n’est connu du jury d’agrégation que sous le prénom de François : on lui a accordé ici le prénom sous lequel il a bâti sa réputation.

7. Quelques indications complémentaires sur les lauréats

      Les listes retrouvées aux Archives nationales ou publiées dans des périodiques administratifs ou pédagogiques donnent souvent sur les lauréats des informations dont certaines ont paru constituer un utile complément à ce répertoire. Une vingtaine de nos lauréats sont des prêtres et l'appartenance au clergé a été mentionnée quand elle est signalée dans les sources. On n’a pas retenu en revanche la qualité de pasteur protestant parce que l’information ne semble pas avoir été donnée systématiquement dans les sources.

      Le lauréat peut être un élève sortant de l'École normale (supprimée en 1822, rétablie sous le nom d’« École préparatoire » de 1826 à 1830, et qui est officiellement appelée « supérieure » en 1845), ou un ancien élève de la même école. L’appartenance à cette école normale, qui s’installe à la rue d’Ulm au cours de la période, est signalée d’abord par la mention « élève de l’EN », puis par « élève de l’ENS ». Pour les concours de l'enseignement secondaire spécial, et pour ceux de l'enseignement secondaire des jeunes filles, les lauréats peuvent également être issus des écoles normales propres à ces filières, celles de Cluny et de Sèvres. Dès la fin du XIXe siècle apparaissent des lauréats issus des écoles normales supérieures d’instruction primaire de Saint-Cloud et de Fontenay, les premiers de ces deux séries étant Causard et Fleureau (agrégation de physique de l’enseignement spécial en 1887) et Mathilde Martignon (agrégation féminine des lettres en 1897). Toutes ces indications sont portées dans la colonne I (formation).

      Cas de figure fréquent au XIXe siècle, mais qu’on ne retrouve que rarement au XXe, certains lauréats peuvent être déjà titulaires d'un autre concours d'agrégation. Ainsi, plusieurs dizaines de candidats passent d’abord l’agrégation de grammaire, d’accès plus aisé, avant de passer la licence et d’affronter l’agrégation des lettres. Un lauréat, Édouard Malvoisin réussit même à trois concours d'agrégation, grammaire (1868), lettres (1873) et anglais (1880). Mais les sources ne fournissent pas toujours ces indications, ou les donnent d'une façon imprécise. Ainsi, il n’est pas impossible que certains des « biagrégés » n’aient pas été repérés. Il semble bien, également, que la mention « élève de l'école normale » donnée par le texte officiel désigne parfois en réalité un ancien élève de cette école ; et, inversement, les lauréats sortant de l’École normale sont parfois qualifiés d’ « anciens élèves », puisqu’après le concours d’agrégation ils ont désormais quitté l’école. Si la qualité d'élève ou d'ancien élève d'une école normale supérieure a paru digne d'être mentionnée, c'est en vertu de la vocation affichée de ces écoles à assurer la préparation de leurs élèves aux concours. N'ont pas été retenues d'autres indications du même ordre, comme la qualité d'ancien élève de l'École polytechnique (qui n'est pas rare pour les « agrégés d’avant le concours » et pour les lauréats de l'agrégation de mathématiques au XIXe siècle), ou du Muséum d'histoire naturelle, ou, à partir de 1880, la qualité de boursier d'agrégation, qui figure longtemps dans les listes à côté des noms des lauréats.

      Si la date de 1960 a été retenue pour terme de ce répertoire, c'est parce que, sans changer de nature, le concours d'agrégation a connu depuis lors des transformations importantes. D'une part les concours masculins et féminins finissent en 1976, après plusieurs étapes, par fusionner et par aboutir à des listes communes où lauréats et lauréates sont désormais mêlés. En second lieu, la diversification des concours de spécialités s’accélère : techniques économiques de gestion en 1962, physiologie-biochimie en 1964, physique option physique appliquée en 1965, mécanique en 1970, etc. À partir de 1989, tous les ordres d'agrégation se dédoublent en concours externes et concours internes, dont les jurys et les règlements sont différents. Entre temps, le concours de l'agrégation a cessé en 1972, on l’a vu, d'être la seule voie d'accès au corps des agrégés. Aussi bien, vers le milieu du siècle, la création de deux certificats d'aptitude à l'enseignement secondaire, le Certificat d’aptitude à l’enseignement dans les collèges (CAEC, 1941) d'abord, et surtout le Certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement secondaire (CAPES, 1952), est venue retirer à l'agrégation son monopole traditionnel pour le recrutement des personnels enseignants du second degré.

      Mais la raison principale est autre. L'accroissement considérable du nombre des lauréats pendant la même période constituait un motif supplémentaire d'arrêter notre catalogue à la date de 1960. Pendant la période 1821-1960 ont eu lieu 1655 concours d'agrégation. Le nombre total des agrégés de l’université qui ont été nommés avant le concours entre 1809 et 1821, ou qui ont été lauréats des différents concours de l’agrégation, entre 1821 et 1960, s’élève à 21843, dont 5913 femmes agrégées.

8. Remerciements

      De nombreux utilisateurs de l'ouvrage ou du site n'ont pas manqué, depuis 1993, de nous communiquer, oralement ou par écrit, leurs doutes, leurs critiques et leurs suggestions, généralement appuyées sur des preuves. C’est par exemple une fille, un petit-fils ou un descendant plus éloigné qui rectifie la forme d’un nom ou qui nous apprend le prénom d’usage de tel agrégé de nos listes. Ce sont des historiens qui nous éclairent sur les personnages qu’ils ont eu l’occasion de rencontrer dans leurs recherches. Que tous soient ici remerciés, en particulier M. Yves Gaulupeau, directeur du Musée national de l'éducation ; M. Jean-Pierre Mouchon, professeur honoraire au lycée Montgrand à Marseille et historien de l’enseignement de l’anglais, qui nous a à maintes reprises communiqué d'abondantes informations ; Mme Chantal Rizet Clergue, historienne de l’enseignement spécial et de l'école normale d'enseignement spécial de Cluny, qui nous a fait bénéficier de sa connaissance des « agrégés spéciaux » ; M. Jérémie Dubois, historien de l’enseignement de l’italien, qui a éclairci certains mystères concernant les noms des lauréats de l’agrégation d’italien.

      La mise en ligne sur Internet est une forme nouvelle de publication à laquelle on ne songeait même pas lors de la première édition du petit fascicule. Elle a déjà rendu possible une amélioration incessante des contenus, une collaboration étroite entre le maître d'œuvre de ce répertoire et les utilisateurs du site, dont une bonne cinquantaine nous ont communiqué par courrier électronique leurs critiques, leurs observations ou leurs demandes. Grâce à eux, un bon nombre d’erreurs des listes initiales ont pu être corrigées. Toutes les observations et les demandes d'information seront toujours les bienvenues : elles peuvent être adressées à andre.chervel@wanadoo.fr



Pour citer cette ressource : André Chervel, «Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1960», mars 2015 [en ligne] http://rhe.ish-lyon.cnrs.fr/?q=agregsecondaire (consulté le 23 Janvier 2018)
Auteur : André Chervel
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